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MARS 2008 dîner philo

Thème du dîner philo du vendredi 28 mars 2008 : devoir de mémoire, devoir de l'oubli.

Pour les absents... 

Dans un premier temps ,on ne cherche pas à analyser les idées mais seulement à livrer sa réflexion à tous les partipants. Ensuite, on confronte et si possible on tente d'approfondir ensemble telle ou telle autre notion.

Premier tour de table afin d'envisager la pensée de chacun et les problématiques soulevées par le thème .

-Le devoir de mémoire, c’est aussi le devoir d’oubli.
-Derrière la mémoire et l’oubli, on trouve la Pensée.
-La mémoire n’est pas un devoir, pas plus que l’oubli.Ma mémoire est propre à l’homme et à son évolution.
-Le devoir de mémoire est un sujet très actuel.On note que la mémoire est faible, vague, incertaine. On ne peut plus agir sur la mémoire .Pour aller de l’avant, l’oubli s’impose.
-Le devoir d’oubli a été parfois imposé par l’Histoire (après la Saint Barthélémy)
-Quel est l’objectif du devoir d mémoire ? N’est-ce pas la cohésion sociale ?
-La mémoire lutte contre l’oubli. Elle est instinctive.
-Comment envisager les oublis de l’enfance ?
-Au delà de l’oubli, il y a le pardon .
-La mémoire c’est la négation de l’oubli.

Voici les idées soulevées par le sujet. Les pistes de réflexion sont nombreuses. S’ajoute à cela, une notion philosophique : l’Histoire.
On constate aujourd’hui que le devoir de mémoire s’étend à tous les tragiques et devient le ‘plus jamais ça’.Or la mémoire est un processus humain naturel et non un impératif moral. Associer devoir et mémoire c’est conjuguer le moral et l’instinctif.
De fait si la mémoire est un devoir son enjeu est la conséquence d’un choix. Et choisir une mémoire c’est se souvenir.
Notre réflexion nous a conduit à nous interroger sur le sens de la commémoration. Nécessaire et salutaire pour les uns, sombre et inutile pour d’autres.
Comment envisager l’enseignement de l’histoire. A-t-il pour fonction de former une ‘culture commune’ ou doit–il instruire la rationalité critique ?
Tous avons constaté que ‘idée de devoir de mémoire’ concerne le collectif et non l’individuel.
L’idée de transmission fut toutefois abordée. Comment faire exister le souvenir ?
La discussion, soutenue et conviviale nous a conduit sur de multiple terrains d’analyse.
Pour conclure, autre tour de table.
Un certain malaise commun face à cette notion de devoir de mémoire. Peur qu’à force d’être tourné vers son passé, l’Homme éprouve des craintes à envisager son avenir.
Au contraire, l’idée que l’homme n’est rien sans la mémoire , qui n’est qu’une lutte contre l’oubli, lutte pour exister. L’oubli c’est le néant, la mort. La mémoire, au contraire c’est la vie, l’existence active et vivante, au delà du temps.
Enfin, on a soulevé la question de notre époque désenchantée, la difficulté du rapport de l’homme face à sa propre histoire.

Les textes de la soirée.

 

" Le document n’était pas document avant que l’historien n’ait songé à lui poser une question(…) ainsi l’historien institue des faits historiques. "
                                                                           Paul Ricœur, Histoire et Vérité, 1955, p. 47.

‘…empêcher que le passé des hommes ne s’oublie avec le temps et éviter que d’admirables exploits tant du côté des Grecs que de celui des Barbares, perdent toute célébrité. »
                                                                                                  HÉRODOTE. Histoires
«
Première étape : l’établissement des faits.
« c’est la base sur laquelle doivent reposer toutes les constructions ultérieures.Sans ce premier pas, on ne peut même pas parler d’un travail sur le passé.Ce travail de sélection est nécessairement secondé par un autre, de disposition et donc de hiérarchisation des faits ainsi établis : certains seront mis en lumière, d’autres repoussés à la périphérie.

Deuxième étape : la construction du sens.
Une fois les faits établis il faut les interpréter.Se retrouvent ici, une fois de plus, les processus de sélection et de combinaison.

Troisième étape : l’utilisation du passé.
Après avoir été reconnu et interprété, le passé sera maintenant utilisé.C’est ainsi que procèdent les personnes privées qui mettent le passé au service de leurs besoins présents, mais aussi les politiciens, qui rappellent des faits passés pour atteindre des objectifs nouveaux. »

                         Tzvetan TODOROV, Mémoire du Mal, Tentation du Bien.

" Mémoire, histoire : loin d'être synonymes, nous prenons conscience que tout les oppose. La mémoire est la vie, toujours portée par des groupes vivants et à ce titre, elle est en évolution permanente, ouverte à la dialectique du souvenir et de l'amnésie, inconsciente de ses déformations successives, vulnérable à toutes les utilisations et manipulations, susceptible de longues latences et de soudaines revitalisations. L'histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n'est plus. La mémoire est un phénomène toujours actuel, un lien vécu au présent éternel ; l'histoire, une représentation du passé. (…)L'histoire, appelle analyse et discours critique. La mémoire installe le souvenir dans le sacré, l'histoire l'en débusque. L'histoire, au contraire, appartient à tous et à personne, ce qui lui donne vocation à l'universel. La mémoire s'enracine dans le concret, dans l'espace, le geste, l'image et l'objet. L'histoire ne s'attache qu'aux continuités temporelles, aux évolutions et aux rapports des choses. La mémoire est un absolu et l'histoire ne connaît que le relatif. "
                                   Pierre NORA. ‘Lieux de Mémoire’
 
 

Pour aller plus loin...

La mémoire, l'histoire et l'oubli

"La mémoire, l'histoire et l'oubli "    Paul Ricoeur

 

 

 

 

Mémoire du mal, tentation du bien"Mémoire du mal, tentation du bien"   Tzvetan Todorov

 

 

 

Les lieux de mémoire'LES LIEUX DE MEMOIRE ' Pierre NORA

La disparition rapide de notre mémoire nationale appelle aujourd'hui un inventaire des lieux où elle s'est électivement incarnée et qui, par la volonté des hommes ou le travail des siècles, en sont restés comme ses plus éclatants symboles : fêtes, emblèmes, monuments et commémorations, mais aussi éloges, archives, dictionnaires et musées.

 

Raison dans l'histoire 'Raison dans l'histoire ' Hegel


 
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