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Article 'La Vie' juin 2009
Article publié dans l'hebdomadaire 'La Vie' du 17 juin 2009 17.06.09 - n° 3329  LA VIE

3 façons de philosopher autrement  par Audrey Steeves et Marion Cocquet   




À l’heure où les bacheliers planchent sur leur copie de philosophie, le 18 juin, pourquoi ne pas vous remettre aussi à fréquenter Descartes, Heidegger ou Nietzsche ? La Vie a sélectionné pour vous trois initiatives originales qui permettent de (re)découvrir la philo avec plaisir.
 
1 Le dîner philo
Que diriez-vous de déguster un filet de truite à la sauce kantienne ou bien une glace vanille aux éclats de Spinoza ? Philosopher autour d’un bon repas : tel est le concept des dîners philo, organisés une fois par mois par l’association landaise Philoland, et qui attire une quinzaine de fidèles de tous âges et… niveaux. « Cela s’échelonne de 20 à 80 ans, raconte Sophie Geoffrion, professeure de philosophie à l’origine du projet. Tous se posent des questions et ressentent le besoin de réfléchir avec d’autres. La convivialité du repas facilite la discussion. » En maîtresse de céré_monie, c’est elle qui choisit le thème, propose des textes de référence et fait attention à ce que personne ne mobilise la parole. « Mon souci est de créer une bonne cohésion, explique-t-elle. De fait, je peux orienter un peu le débat ou apporter un éclairage plus théorique, mais je fais toujours deux tours de table au début et à la fin de la soirée, pour que tout le monde s’exprime. » D’autant que les thèmes, larges et accessibles (Faut-il associer l’espoir à la révolte ? La société est-elle un bien pour l’homme ?), peuvent faire appel à une lecture d’actualité ou au vécu de chacun. Pour autant, « ce n’est pas un cours ni une succession de “moi je”, affirme Lionel Niedzwiecki, 46 ans, et adepte de la formule depuis le début. La discussion permet de poser un autre regard sur nos certitudes. Et, grâce à ces dîners, j’ai pu réaliser que les philosophes, même les plus anciens, sont d’une grande modernité. » Sans oublier le repas, qui, à lui seul, est déjà un vrai partage.Philoland à Mont-de-Marsan (40). www.philoland.fr Contact Sophie Geoffrion : 06_89_61_43_60.

 

2 Autour d’un livre
Qui a dit qu’il était difficile de rendre drôles les questions arides ? Avec l’Encyclo de la philo, André _Guigot relève le défi. Ce professeur qui enseigne à la fois à l’université et au lycée, auteur d’ouvrages spécialisés comme de livres de vulgarisation, a l’habitude des passerelles, et le goût de rendre la philo accessible à tous. Ce livre-là, grâce à ses séquences courtes et rythmées, est fait pour y picorer en toute liberté : le lecteur s’y promène au gré de ses envies parmi les grandes notions de la philosophie. Le désir, le temps, la morale, le droit… Le tour d’horizon est classique. Mais c’est sur la forme que l’Encyclo innove. « La saucisse transcendantale », « Un dîner avec don Juan » ou « Faut-il dire la vérité ? » : le ton passe du loufoque au sérieux, dans des explications qui privilégient systématiquement l’exemple et le récit. « Raconter de petites histoires rend les choses concrètes et attrayantes », explique André Guigot. Trois fois rien de textes classiques : libre au lecteur, armé de ses premières connaissances, d’aller ensuite explorer la bibliographie donnée à la fin. Et c’est un succès : conçu à l’origine pour de jeunes adultes, le livre, dès sa publication, a su toucher un public très large. « J’ai des retours très positifs de gens de tous les âges qui avaient envie de renouer avec la philo : des vieilles dames, des tout jeunes… jusqu’à mes étudiants ! » Découvrir l’essentiel caché dans les petits événements de la vie quotidienne, voilà qui peut plaire à tout le monde.__L’Encyclo de la philo, Bayard, 2009, 23,50 €.
 

3 Le cinéphilo
Pas de tableau noir, mais une salle obscure. Pas de manuel, mais Matrix, Blade Runner ou Orange mécanique, à l’appui des problèmes et des auteurs classiques de la philosophie. En l’espace de quatre ans, les séances de cinéphilo d’Ollivier Pourriol, le samedi matin, au MK2 Bibliothèque de Paris, ont conquis des spectateurs de tous âges et de tous horizons. « Le cinéma, c’est l’agora d’aujourd’hui, dit-il. Un espace commun, qui permet de s’entendre et de réfléchir ensemble. » De ses trois ans comme prof de terminale, ce jeune agrégé de 36 ans a retenu une pédagogie : utiliser des séquences de films pour illustrer une notion ou faire comprendre un problème. Il en a retenu, aussi, l’envie de sortir la philo des salles de classe. « J’adore enseigner et je voulais le faire hors de l’école. La philo est d’abord pour moi un domaine de liberté, ouvert à tous. » Une liberté qui se dessine avec bonheur sur la toile blanche. Des films d’auteurs aux « grosses machines commerciales » (pour lesquelles Ollivier Pourriol ne cache pas son penchant), ciné et philo se nourrissent l’un l’autre : le héros de Matrix incarne le doute ontologique, Orange mécanique donne à comprendre la question de la surveillance chez Foucault… Ce professeur-là, un brin acteur, un brin comique, pourrait presque faire oublier qu’il est bel et bien en train de faire cours. Vous ne verrez jamais plus vos films préférés comme avant.__Programme et enregistrements des dernières séances sur www.cinephilo.fr À retrouver aussi dans Cinéphilo, Hachette Littératures, 2008, 20 €.
 

 
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